Ensembles

Elyma - GABRIEL GARRIDO

CONCERTCLASSIC - mai 2016

Depuis quelques années, l’état de santé de Gabriel Garrido l’a contraint à se faire rare en concert et plus encore dans les studios d’enregistrement. Les Chemins du Baroques... : que de souvenirs et de découvertes pour les amoureux de répertoires inédits, grâce l’exploration par l’artiste argentin, à partir de 1992, de tout un patrimoine musical latino-américain chez K617 – avec le soutien aussi précieux qu’indéfectible de la Fondation BNP Paribas.
« Nous avons grandi avec Garrido », dit Alain Pacquier, fondateur du label K617 avec Lionel Lissot et Laurent Blaise. Car dans la foulée des Zipoli, Torrejón y Velasco et autre Araujo, suivirent (à partir d’Orfeo en 1996) des enregistrements monteverdiens qui ont durablement marqué la discographie.
La renaissance de K617, sous l’appellation « K617-Chemins du Baroque », à laquelle on assiste aujourd’hui permettra de disposer d’ici quelques mois d’un coffret rassemblant tous les Monteverdi de Garrido. Mais pour ce retour à la vie de son label, Alain Pacquier a souhaité jouer la carte de la nouveauté, avec Garrido forcément.
Ce dernier a réalisé l’été dernier, à la tête des chanteurs et instrumentistes de son ensemble Elyma, un enregistrement tout entier dédié à Domenico Mazzocchi (1592-1665) « Le temple et le désir » : le programme réunit des pages sacrées et profanes du compositeur romain et, de bout en bout, on y retrouve la « patte » du chef argentin ; le sens de la couleur, l’expressivité et la sensualité avec lesquels il permet à la musique de franchir les siècles pour résonner à nos oreilles.
Parution événement, ce disque (1) se double d’un concert attendu à l’Oratoire du Louvre. Garrido y mêle des pages de Mazzocchi et de Monteverdi : une mise en parallèle qui ne peut que souligner la place et la singularité du musicien romain dans le cours de l'histoire.
Alain Cochard

LAVIE - 1e juin 2016

La Vie aime : passionnément !
Ce n'est pas tous les jours que l'on célèbre la renaissance d'un label, qui plus est avec l'une de ses têtes d'affiche, le chef argentin Gabriel Garrido. Défricheur du répertoire baroque italien et d'Amérique du Sud, il se penche sur l'oeuvre de Domenico Mazzocchi (1592-1665). Audaces harmoniques, invention des formes, travail des textures vocales et instrumentales, le Temple et le Désir exprime les deux pôles d'une création où la ferveur prend des tournures tantôt sensuelles, tantôt spirituelles. Les pièces dédiées à Marie-Madeleine en sont le plus vibrant exemple, servies par une distribution impeccable.
Victorine de Oliveira

 

WEBTHEATRE - mai 2016

Le chef argentin déplace les frontières historiques et géographiques du baroque
De l’Europe Renaissance à l’Amérique des conquistadors, le chef argentin Gabriel Garrido déplace les frontières historiques et géographiques du baroque. Depuis plus de 35 ans, son aventure musicale à la tête de son ensemble Elyma constitue autant une recherche esthétique qu’une véritable quête d’identité musicale. Concert dédié à Mazzochi, contemporain de Monteverdi à l’Oratoire du Louvre de Paris le 12 mai.
Un seul monde ne suffit pas Cette inscription peinte parmi les "empresas sacras" au plafond de l’Estancia Santa Catalina, lieu de repos de la Compagnie de Jésus situé à 50 km de Córdoba en Argentine constitue l’emblème -et condense- l’ambition esthétique de l’ensemble Elyma, fondée en 1981 par le chef argentin Gabriel Garrido. Dans la génération de chefs dit ‘baroques’ née après la seconde guerre mondiale comptant entre autres Jordi Savall, William Christie, John Eliott Gardiner, Gabriel Garrido occupe une place originale. Par sa naissance - il est né en Argentine- et par sa formation européenne – il a été nourri au lait des révolutionnaires sur instruments anciens à Bâle – il est à la croisée de deux cultures historiques et de deux continents musicaux qui ont multiplié les acculturations tout le long de leurs histoires.
Comme ses pairs, il revendique la fougue méditerranéenne pour le réveil des rythmes et des couleurs de la musique post renaissance : « Notre ’nouvelle’ vague est partie de Josquin des Près, de l’admirable et complexe polyphonie française et flamande pour aller se nourrir du lyrisme italien qui nous a donné un langage, un vocabulaire. »
En plus de redécouvrir les affeti baroques en termes stylistiques et historiques notamment à la période charnière 1500-1600 de Monteverdi* et de Mazzochi** dont il est un interprète de référence, Garrido en a aussi étendu les frontières géographiques jusqu’au cœur du continent sud-américain : invitant à se débarrasser d’un certain atavisme eurocentriste pour le suivre sur les plateaux de l’Altiplano des ‘Missions Jésuites’ ou sur les rives d’Amazonie de ‘San Ignacio’, deux des titres phares d’une discographie riche d’une quarantaine de titres chez K617 ‘Les chemins du baroque’ : « Réussir à donner à l’oreille une idée, aussi petite soit-elle, du faste et de l’éclat sonore d’une musique qui, de Naples aux Philippes, en passant par le Mexique et la Sicile, porte le message de la fête du Baroque universel. »
Véritable quête d’identité sonore, le chef argentin ne se contente pas d’être un formidable découvreur de styles et de sons dans ses restitutions savoureuses de la musique des cours vénitiennes ou des archevêchés romains ou des missions coloniales. La recherche érudite sonore et stylistique sert ici une cause, un questionnement et lui donne un sens : balayer les frontières entre musique savante et populaire, entre musiques dominantes et secondaires pour privilégier la fraicheur des partitions. « Il est merveilleux de restituer une musique avec une couleur de voix d’instruments, un rythme une musique baroque dont l’Europe a perdu, au fil des années, des siècles toute conscience de la consistance somptueuse. »
La réussite de Garrido est de révéler cette exubérance baroque dans la diversité de ses formes, de ses nuances et de ses identités notamment indigènes, toujours nourries de deux côtés de l’Atlantique de chants populaires comme le montrent les Madrigaux qui constituent le programme du cd et du concert ‘Le temple et le désir’ de Mazzochi** ou Les Vêpres à San Ignacio de Zipoli. Par un travail méticuleux sur la mise en scène des chanteurs et des musiciens, chaque concert plonge le spectateur au centre d’une fête sensuelle, dont les yeux et les oreilles ne reviennent jamais intacts.
Cet enthousiasme pour l’acculturation culturelle constitue un enjeu aussi esthétique qu’humaniste : « Avec la décadence de la société post romantique, dominée par un modèle nordique et matérialiste, nous pouvons peut-être espérer un nouveau monde, plus baroque, latin et spirituel. » Et de plaider pour l’acceptation de nouvelles frontières : « Entre l’Europe et l’Amérique, entre l’Occident et l’Orient, il existe un lien continu, une circulation libre qui dépasse les frontières » insiste ce musicien visionnaire dont malheureusement la santé décroit et rend chaque concert -tout particulièrement celui du 12 mai- et chaque enregistrement autant de victoires sur la maladie. Même dans ce combat intime, Garrido fait le pari de la vie.
Olivier Olgan

 

CLASSIQUENEWS - 11 juillet 2011

Tolérance et fête à Sorèze - Festival Musiques des Lumières
"Il est des moments aussi rares que magiques. (...) Les simples ritournelles, les pièces savantes à huit voix (quel beau Salve Regina anonyme), tout est somptueusement interprété. (...) La manière d'être, jovial, généreux et savant de Gabriel Garrido est le ciment de cette interprétation qui fait date.  (...) Sa direction dansante et rigoureuse respecte tous les styles et y met une touche d'harmonie.  (...) L'espris des Lumières est passé ce soir à Sorèze, le public ravi lui a fait fête obtenant un bis. On en redemande !!"

Hubert Stoecklin

 

CONCERTCLASSIC - 27 juillet 2010

Con alegría – Festival de Radio-France et de Montpellier 
Depuis un enregistrement qui remonte au début des années 2000, la « Fiesta Criolla » de Gabriel Garrido et de son Ensemble Elyma a été donnée dans bien des salles de concerts. Tonique cocktail musical, cette reconstitution d’une grande fête en l’honneur de la Vierge de Guadalupe à la cathédrale de Sucre en 1718, consiste en une alternance de pages sacrées et profanes – correspondant aux nombreuses entrées et sorties des fidèles de la cathédrale – parmi lesquelles dominent celles signées de Roque Jacinto de Chavarria.
Ce savoureux programme a depuis longtemps fait ses preuves. On n’était pas moins heureux d’y goûter lors d’un concert à l’Opéra Comédie de Montpellier, le dernier avant la fermeture du lieu pour environ dix-huit mois de travaux. Lumineuse soirée que celle offerte par les instrumentistes d’Elyma, entourés d’une belle équipe vocale. A l’équilibre du sacré et du profane répond celui entre les pièces d’ensemble et celles mettant en valeur les solistes. En ce domaine se détache la voix de Jaime Caicompai (ténor), dont les atouts vocaux vont de pair avec une étonnante présence scénique (irrésistible Tonata La Lata en début de seconde partie). Ces qualités appartiennent tout autant au superbe Elier Muñoz Rodriguez (baryton) ou à Alicia Berri, généreux mezzo qui mène la Fiesta de toros et son Baile de toritos avec un formidable entrain.
Mais, si l’on ne reste en général pas trop longtemps dans la cathédrale, on y entre tout de même régulièrement. Une pièce telle que le Salve Regina à 8 (attribué à Blas T. de Guzman) est par exemple l’occasion de juger de l’homogénéité d’ensemble que Gabriel Garrido obtient de son équipe.
Pimentée d’interventions savoureuses de Gabriel Garrido et du jeu de scène de certains chanteurs, la Fiesta Criolla fait mouche une fois de plus. Standing ovation pour le chef
argentin et ses musiciens ; foison de bis - et rab de bis ! Un vrai délice.
Alain Cochard
 

 

LE PROGRES - 6 octobre 2009

La ferveur et l'émotion
Neuf cents spectateurs debout réservent un triomphe à Gabriel Garrido et à l'ensemble Elyma.

La Fiesta criolla créée par Gabriel Garrido en 2002 à Ambronay était restée dans les mémoires comme un événement exceptionnel. La mise en place dans l'abbatiale des musiciens et des chanteurs, une partition écrite en 1718 au Mexique qui croise des couleurs baroques absolument somptueuses, des musiques populaires et la ferveur religieuse, tout comme la passion de Gabriel Garrido et de son ensemble Elyma, sont restés dans bien des mémoires.
À tel point que pour conclure cette trentième édition, Alain Brunet voulait absolument que le chef argentin monte une nouvelle fois cette œuvre magnifique.
Cette Missa criolla, écrite autour de villancicos (des pièces musicales espagnoles proches des noëls français) et de salve pour le petit peuple, qui rassemble musiques savantes et populaires, va symboliser mieux que toute autre la fête du trentième anniversaire du festival. Flamboyante…
Les neuf cents spectateurs ne s'y sont pas trompés, ils ont réservé à ce vieil ami d'Ambronay qu'est Garrido un triomphe rarement vu dans l'abbatiale. Debout, frappant dans les mains et reprenant le refrain de la « Cachua de nos montagnes », criant leur joie… Il n'y aura pas moins de quatre rappels, beaucoup d'émotion, des yeux embués et tellement d'envie de danser !
Patrice Gagnant

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