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La Fonte Musica - MICHELE PASOTTI

PROGRAMME METAMORFOSI TRECENTO

Le mythe, écrit Salluste, est « la relation d’un événement qui n’a jamais eu lieu à propos d’une chose qui existe depuis toujours ». Depuis le XIVe siècle, la musique a toujours bu à la source des mythes. Lorsque l’histoire n’était pas sacrée, que les compositeurs ne regardaient pas les grands récits de moralité du Christ, ils se tournaient vers le mythe comme un grand art et un répertoire inégalé d’histoires exemplaires.

Metamorfosi Trecento est une exploration musicale au cœur des mythes et de la polyphonie de la fin du Moyen-Age. Les mythes anciens, au premier rang desquels les Métamorphoses d’Ovide, et leurs traductions moyenâgeuses sont très présents dans le répertoire de l’Ars Nova : Narcisse se perdant lors d’un voyage fatal, l’histoire du rêve de Daphné, de Philomèle, le mythe d’Orphée, Callisto... Des histoires merveilleuses que le luthiste Michele Pasotti et les chanteurs et instrumentistes (vielle, flûte à bec, clavicymbalum, harpe gothique…) de l’ensemble qu’il a fondé en 2005 La Fonte Musica font revivre avec une beauté et un bonheur artistique qu’on a eu envie de partager.

LE DISQUE METAMORFOSI TRECENTO A REÇU LE DIAPASON D'OR EN MARS 2017

 

PRESSE

"Metamorfosi Trecento. Transformations du mythe dans l’Ars Nova" est le second disque de la fonte musica. Il est sorti en Janvier 2017 chez Alpha Classics. 

"Une maîtrise absolue de tous les aspects de ces répertoires. Ces Italiens férus de Trecento.... l'énergie grisante de Michele Pasotti n'y pas étrangère : tempos vivaces, ornementations pointillistes, le collectif italien dompte la complexité redoutable des pièces subtilior. La Fonte Musica porte un soin tout particulier pour les poésies courtoises, déclamées avec passion : les chanteurs goûtent avec délice le moindre mot, la moindre intention du texte, et ne ménageant pas leurs effets rhétoriques. L'interprétation est réfléchie, polie jusque dans les plus infimes détails : une recherche phénoménale sur les sources médiévales, sur la théorie et les langages musicaux de lìépoque, la prononciation, sans oublier l'instrumentation." (DIAPASON, mars 2017, Diapason d'Or)

Egalement en Mars 2017 "Metamorfosi Trecento" a été Disque du mois pour le magazine italien AMADEUSune magnifique seconde réalisation discographique”.

Wunderkammern (France): "Les musiciens de La Fonte Musica s’emparent de ces œuvres avec autant d’expertise que d’affection et en livrent une lecture à l’atmosphère et au charme prenants. Ils déploient tout au contraire une belle énergie afin de mettre en valeur les moindres inflexions des textes et leur faire dépasser leur statut d’allégorie pour en livrer une approche plus sensuelle et plus dramatique, avec une attention aux mots qui démontre qu’un des enjeux essentiels de ce répertoire qui s’est constitué en étroit rapport avec la littérature et, en particulier, la poésie, a été parfaitement saisi. Intelligemment construit et interprété avec autant de sensibilité que de conviction et de discernement, ce programme confirme que Michele Pasotti et son ensemble ont trouvé avec le Trecento une terre d’élection."

Le Babillard (France): "l’ensemble porte une attention constante à la sensualité de cette musique : on est véritablement séduit par les timbres, leurs alliances, les ambiances qui en résultent — et ce qui en résulte, c’est un charme, au sens fort du terme: quelque chose qui est de l’ordre du magiqueL’une des forces de l’ensemble, c’est le traitement de la phrase musicale. Surtout, on est stupéfait par le surgissement de moments d’une grande poésie. L’enchantement, avec La Fonte Musica, est réel, ce n’est pas une illusion: ce disque Metamorfosi Trecento est bien là, et c’est un must have."

NOTE D'INTENTION DE MICHELE PASOTTI

"Bien que ces choses ne soient jamais arrivées, elle existent toujours" - Salluste

Il était un temps où le mythe était l'explication la plus puissante de notre monde, où l'existence des hommes, des animaux, des dieux, des arbres et des fleurs était reliée dans une chaîne fluide en constant mouvement. Changer de forme était une façon - sinon la façon - de savoir.

Les mythes les plus influents dans la culture européenne étaient et restent ceux des Grecs. La culture italienne et française du XIVe siècle a vu une renaissance de l'Antiquité qu'on associe normalement à l'humanisme du siècle suivant. Metamorfosi Trecento est le titre d'une recherche musicale sur les mythes classiques qui persistent dans la polyphonie médiévale tardive. Les mythes anciens, transmis essentiellement par les Métamorphoses d'Ovide, et ses traductions et adaptations médiévales, apparaissent dans plusieurs pièces du répertoire de l'Ars nova. Mais le mythe ne revient pas sans une métamorphose qui le transforme lui-même : ce qui était révélation de vérité dansd le monde polythéiste se change en conte moral, en exemplum où apprendre à se conduire selon le système des vertus et des vices de l'éthique chrétienne, puis se change à nouveau en une histoire d'amour, archétype de la douleur, de la beauté et de l'impossibilité de l'amour courtois.

C'est en particulier cette dernière métamorphose, guidée par le pouvoir suprême de l'amour, qui donne sa nouveauté à la musique et à la littérature des cours aristocratiques. Dans les textes des chansons enregistrées ici, les mythes mperdent leur fonction morale et commencent à servir plutôt la cour de l'amour. On peut du reste entendre dans le chant et les mélodies les plus touchantes l'erreur du rêve d'amour de soi solitaire et délirant de Narcisse, qui l'amène à faire le voyage fatal dans l'autre dimension de l'eau et à renaître en fleur aquatique (Non più infelice). Ou l'histoire de Daphné, qui rêve de devenir un arbre pour échapper à Apollon (Qual perseguita), de Philomène, transformée en rossignol, ou d'Orphée, qui sait enchanter les bêtes sauvages, mais ne peut voyager dans le royaume des morts sans perdre l'amour (Si dolce no sono). Les mots nous parlent du monstre-serpent Python qui effraie l'Egypte (Phyton), de la merveilleuse histoire de Calisto, transformée en ours puis en constellation de la Grande ourse pour être aimée par Jupiter (Calextone), et de l'amour malheureux d'Ariane et de Thésée, du labyrinthe funeste (Par le grant senz d'Adriane) transformé en allégorie politique. On entend parler de Méduse et de son terrible regard (Strinçe la man, Si dolce non sono), de Diane et de son amant infortuné, Actéon (Non al su' amante Diana piacque), et du chant trompeur de la nymphe-sorcière (Circé) la "bella Yguana", symbole d'apparitions séductrices et métamorphoséesn, et de l'enchantement hypnotique de la musique (Si chome al chanto della bella Yguana).

Notre programme commence et finit sur cet enchantement, avec "le pouvoir de la musique" (comme le diront Dryden et Händel trois cents ans plus tard en parlant du mythique Alexandre), et son pouvoir dans la musique de l'Ars nova en particulier. Si dolce non sono, notre début, crée une forêt enchantée à la fois en mots (un vers sur deux se termine par le mot "bois", et le texte n'est qu'un forêt de différents mythes) et en musique laquelle consiste en un contrepoint dense, complexe et compliqué, dont les branches semblent croître dans toutes les directions possibles. Il y est question d'un coq ("gallus", mot qui designe également un Gaulois, c'est-à-dire un Français) dont le chant est plus beau et plus doux que celui d'Orphée, d'Apollon, de Philomène (le rossignol) ou d'Amphion. Toutes les "autorités" mythiques sont surpassées par une nouvelle manière de chanter, qui vient de la forêt, et qui n'a jamais été entendue auparavant : c'est l'art nouveau, l'Ars nova, et ce Gaulois et Philippe de Vitry. A la différence de Méduse qui paralysait, le pouvoir que produit la nouvelle musique peut mouvoir le monde, et le rendre aussi fluide et changeant que l'est sa nature. "Francesco cieco horghanista de Florentia" (Francesco, l'organiste aveugle de Florence, également appelé Landini), en tant que nouvel Orphée, rend hommage à Philippe. Ce dernier ouvrit la voie, inaugurant l'Ars nova avec un motet citant les deux premiers vers des Métamorphoses d'Ovide : "In nova fert animus mutatas dicere formas" ("Mon génie me porte à raconter les formes changées en de nouveaux corps"). On pourrait dire que tout l'Ars nova débute sous le signe de la métamorphose, des changements radicaux, dans une attitude expérimentale qui est peut-être sa plus grande force.

Si chome al chanto della bella Yguana termine notre voyage, évoquant le retour d'Ulysse et le chant de la magicienne Circé, qui le distrait pendant une année entière. Bien qu'elles soient assez différentes, dans les versions de Piero et de Jacopo une quête du merveilleux, du surnaturel, et même du terrifiant dans la musique. On y entend des évocations du chant fabuleux de la magicienne (les deux premiers longs "accords" chez Jacopo, et la berceuse sidérale qui termine la version de Piero), et, à la fin, de la magie de la musique : son pouvoir onirique et hallucinatoire de nous transporter à travers différentes formes et des états changeants.

"Bien que ces choses ne soient jamais arrivées, elles existent toujours", écrit Salluste à propos des mythes. Depuis le XIVe siècle, la musique a toujours bu à la source des mythes. Lorsque l'histoire n'était pas sacrée, que les compositeurs ne regardaient pas les grands récits de moralité du Christ, ils se tournaient vers le mythe comme un grand art et un répertoire inégalé d'histoires exemplaires et d'archétypes narratifs, dans lesquels tous les hommes et femmes peuvent et ont toujours pu se reconnaître. Le retour à l'ancien, dont ont émergé l'Orfeo de Poliziano et les expériences du théâtre musical florentines et mantouanes de la fin de la Renaissance, commence son voyage dans ces chansons de l'Ars nova.

Michele Pasotti © Alberto Molina

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