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LES IDEES HEUREUSES - Jean-Philippe Viret

Dans l'Occident d'avant le XXeme siècle, la distinction nette entre compositeur, interprète et improvisateur n'était pas si tranchée, tout musicien sachant improviser. Comme pour son premier disque avec cette formation, il prend appui sur la musique de François Couperin, soit en l'adaptant, soit en s'inspirant plus au moins directement de son œuvre. A partir d'amples parties écrites, le principe consiste à insérer des moments improvisés. Tout en conservant un son très « classique » de quatuor à cordes -mais avec contrebasse. En ce sens, l'ensemble n'évoque aucunement le Quatuor IXI d'aspiration davantage « contemporaine ».A l'image de la pièce d'ouverture, L'idée qu'on s'en fait, d'après les idées heureuses du compositeur français, l'ensemble renvoie même à une certaine austérité très Renaissance plutôt qu'à la période baroque, par une sonorité qui évoque le luth ou la viole de gambe. D'une manière générale, Jean-Philippe Viret nous rappelle que si « heureux » peut être synonyme de joyeux, les deux mots ne sont pas équivalents. Car « Les idées heureuses » conservent tout du long un ton mi-nostalgique mi-mélancolique, y compris lorsque le style de telle ou telle pièce s'aventure davantage du côté de Phil Glass que de Couperin (Peine perdue par exemple). Une musique que l'on a envie d'écouter à la lumière vacillante de quelques bougies dissimulées au regard comme dans les tableaux de Georges de la Tour dont Viret partage cet art de la simplicité volontaire. CHOC JAZZ MAGAZINE

Le résultat est d'une beauté à coupe le souffle. Toujours en mouvement, toujours tendu et détendu dans un même geste, toujours sur le qui-vive, le quatuor accouche de cinquante minutes de mélancolie joyeuse et ultra cinégénique. Les idées heureuses aurait pu être la BO d'un Truffaut, d'un Hong Sang-soo ou du In the Mood for love de Wong-Kar Wai. En fait, tout coule de source dans cet album : son souffle, ses liner notes (signées de l'écrivain Luc Lang), sa pochette noir et blanc. On a l'impression qu'aucune note n'aurait pu être jouée autrement. Alors que ce n'est pas vrai. Et c'est pour cette illusion que ce disque rayonne dans la nuit. JAZZ NEWS

 

Viret se reconnaît dans le bon mot de celui que Debussy qualifiait de « plus poète de nos clavecinistes » : j'avouerai de bonne foi que j'aime beaucoup mieux ce qui me touche que ce qui me surprend » . Dans cette signature esthétique, il entend la nécessité de se débarrasser de l'éprouvante technicité qui trop souvent laisse le musicien à la surface. Légère et profonde, grinçante tout autant, la bande-son de Couperin a servi de modèle, non pour faire un vain copier-coller, mais plutôt pour mettre en miroir ses propres réflexions autour de l'écriture baroque génératrice de « standards sur lesquels on peut improviser ». Quatre des neuf pièces sont ainsi directement influencées par celles du maître qui tint voici trois siècles, l'orgue de la Chapelle royale. Du Jazz de chambre ? « je suis plutôt antichambre, parce que ça se passe avant », sourit-il. Manière de dire que le jeu des appellations, vieux débat, n'est plus d'actualité. « Ce n'est pas assez jazz pour le jazz, pas suffisamment classique pour le classique ». C'est à dire juste à un point d'interconnexion qui permet de briser les œillères et d'ouvrir les les oreilles des deux côtés. « Ce quatuor à cordes n'existe pas, et pourtant, ça me semble la logique du futur. Il n'y a plus aucune raison de se priver de la contrebasse ! J'espère que des compositeurs vont écrire en ce sens. » A bon entendeur viendra le salut. LIBERATION

Jean-Philippe Viret présente un disque singulier. Ence CD enregistré avec violoncelle, alto et violon, il déploie sa plume passerelle, entre l'hier et l'aujourd'hui, entre baroque et jazz, entre respect infini et inventivité radieuse. Mirifique. L'HUMANITE

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