Musiques traditionnelles

Orchestre arabo-andalou de Fès - Mohamed Briouel


 

L'Orchestre arabo-andalou de Fès va envouter le Louvre

Invité par le Festival de l'Imaginaire, à Paris, organisé par la Maison des Cultures du Monde (jusqu'au 17 juin), l'Orchestre arabo-andalou de Fès donne deux concerts au Musée du Louvre les 28 et 29 avril. L'un consacré au répertoire de "amdah" (chants de louanges au prophète) auquel le public assistera assis sur des tapis, au milieu des antiquités grecques et romaines exposées à la Galerie Daru, l'autre, le lendemain, dédié à la "nouba" classique, dans le cadre plus conventionnel de l'auditorium.

Comptant parmi les ensembles les plus réputés dédiés à l'interprétation de la "âla", la musique arabo-andalouse profane du Maroc, la formation a emporté le public du Rocher de Palmer, à Cenon (banlieue bordelaise) où elle donnait son unique concert en province, le 26 avril. Youyous et claquements de mains ont fusé, saluant la maestria remarquable des neufs chanteurs et musiciens de l'orchestre dirigé par le joueur d'alto Mohamed Briouel, héritier de l'éminent Haj Abdelkrim Raïs (1912-1996), son premier maître, dont il prit la succession à la direction du Conservatoire de Fès, en 1996.

Se laisser charmer

Né de parents agriculteurs dans la région de la prestigieuse cité impériale aux remparts ocres, fondée par Idriss II, au neuvième siècle, petit homme au regard vif, Mohamed Briouel est un malin. Il sait choisir les extraits d'une nouba – les suites chantées et instrumentales du répertoire arabo-andalou – qui vont parler au public. Les plus dynamiques, voire dansantes, pour lesquelles il n'est nul besoin d'être initié aux raffinements de cet art savant pour se laisser charmer. "Les noubas sont extrêmement longues. Elles durent en moyenne six heures et peuvent aller jusqu'à onze. Rares sont ceux capables de les jouer ou de les écouter dans leur intégralité", souligne Pierre Bois, conseiller artistique de la Maison des cultures du Monde et directeur de collection du label discographique "Inédit" qui a publié les onze noubas constituant le répertoire marocain (Anthologie Al-âla).

"Au milieu des années 1980, seuls les poèmes étaient notés. La musique se transmettait oralement exclusivement." Quelques maîtres possédaient dans leur tête l'intégralité de ce répertoire et le retenaient. Si beaucoup de monde connaissait certaines pièces, jouées en concert ou lors de grandes fêtes de mariage ou de circoncisions chez les gens aisés, d'autres étaient rarement interprétées. Les maîtres ne les révélaient pas forcément, ou alors seulement à l'approche de leur mort à quelques rares disciples. "On était dans une certaine culture du secret" commente Pierre Bois.

Il fallait sauvegarder ce qui risquait de disparaitre et fixer ce répertoire pour le rendre accessible. D'où l'idée d'enregistrer l'intégralité des onze noubas marocaines, un projet lancé à l'initiative du Ministre de la Culture marocain de l'époque, Mohamed Benaïssa. Aujourd'hui, les autorités culturelles du pays semblent moins préoccupées par cette idée de transmission d'un pan essentiel de la culture et de l'histoire du Maroc, déplore Mohamed Briouel. Le directeur de l'Orchestre arabo-andalou de Fès a transcrit l'intégralité des onze noubas mais pour l'instant une seule a été publiée (Gharibat al-husayn), un travail pour lequel il s'est vu décerné le Prix du Maroc, en 1986. "Les autres attendent, chez moi, mais bon incha'allah, un jour peut-être."

Patrick LABESSE, Le Monde, 27 avril 2012

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Mohamed Briouel et le legs Al-Ala

Le public r'bati a eu droit à un concert inoubliable avec ce maître du genre.

L'Orchestre de musique andalouse de Fès de feu Haj Abdelkrim Raïss, dirigé par maître Mohamed Briouel s'est produit récemment à Rabat, offrant le temps d'une soirée au public R'bati le legs d'une tradition musicale andalouse Al-Ala, qui continue de porter invariablement à travers les siècles l'imagination et la ferveur du public. Décidément des textes imperceptiblement formant des rides mais ô combien pleins de fantaisie, de jeu et de joutes oratoires improvisées, ont été interprétés au cours de cette manifestation organisée à la Villa des Arts de Rabat, cette belle demeure, aux murs d'un blanc immaculé et conçue dans le pur style art déco.

Incroyable postérité que celle de la musique andalouse Al-Ala. Plusieurs siècles de l'histoire des textes durant lesquels foisonne une myriade d'interprétations musicales, mais malheureusement pas suffisamment de traduction des textes de ses Noubas qui sont une suite de la musique arabo-andalouse et chacune d'elles est interprétée sur un mode bien défini et à une heure déterminée de la journée.

Lorsque la formation orchestrale attaque la première Nouba "Madh Fi Rassoul" (louanges à l'adresse du prophète Sidna Mohammed), où l'amour de Dieu est sublimé, glorifié, supplié et loué, le public réalise bel et bien qu'il se trouve dans le berceau de la musique andalouse que lui présente Briouel, preuve encore vivante de l'attachement de son ensemble aux valeurs musicales d'Al-Ala comme les avait conçues et les lui avait transmises son maître, Abdelkrim Raïss.

Le jeu des musiciens s'enchaînait alors que le rythme cadencé pouvait à tout moment entraver cette continuité. Loin s'en faut ! La grande ligne l'emportait toujours en dépit de certaines interprétations périlleuses, mais domestiquées par les musiciens.

Une flamboyance par moments, mais aussi des couleurs sombres et denses dans les morceaux interprétés par les instrumentistes, qui reposaient surtout sur l'exécution des violonistes, exceptionnelle de justesse et d'homogénéité, et que venait relancer au moment opportun le jeu scintillant de l'instrument "TAR" par des attaques fermes et puissantes.

Cet instrument "joue un rôle fondamental dans la musique Al-Ala dans la mesure où c'est grâce à lui que le chef d'orchestre peut orienter le rythme ou la cadence (rapide ou lente)", a tenu à préciser, dans une déclaration à la MAP, Maître Briouel.

Aucun répit n'est permis aux musiciens qui enchaînent sur une 2-éme Nouba "Hijab El Kabir". Tout l'enjeu est de transmettre au public le naturel non dénué de profondeur de la beauté de l'écriture musicale d'Al-Ala et plus particulièrement dans celle "Hijab El Kabîr".

De toutes ces formes qui visent à provoquer le Tarab (l'ivresse) de l'auditoire, le mounchid Abderrafie Bennouna, à peine âgé de 25 ans, était le maître incontesté. Le timbre de sa voix de ténor, d'une beauté sensorielle, s'est incorporé à l'ensemble musical avec une grande aisance : sa fantaisie juvénile mais créatrice y étant pour beaucoup : Rayonnant était ce soir le mounchid Bennouna, un ange sur scène !

Jouant tout en douceur, Briouel a su imposer une exigence à chacune de ses interprétations au moment où il cherchait sans cesse à s'intégrer à la masse orchestrale qu'il dirigeait sans ostentation.

Du coup, l'exécution, d'entrée de jeu, maîtrisée, vigoureuse et passionnée des artistes, est devenue, au fur et à mesure que les interprétations se succédaient, plus puissante, le but étant de gagner l'adhésion totale du public.

Le jeu entier et concentré des artistes jusqu'à se dématérialiser presque, sans perdre pour autant une expression intense et une extrême fidélité à l'esprit des œuvres anciennes de la musique andalouse Al- Ala, sont les marques du style de Briouel à son meilleur, qui a pu faire croire à son auditoire à l'aube d'un monde heureux.

Rouhane El Ghissassi, Maghreb Arab Press, 3 septembre 2010

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La main du maestro

Dans le cadre des Nuits du Ramadan 2003, l’Institut Français d’Agadir a accueilli l’Orchestre arabo-andalou de Fès, sous la direction de Mohamed Briouel, le 19 novembre 2003. Cette présentation unique dans son genre témoigne de la richesse de l’activité de la ville de Fès qui fut l’un des grands foyers de la musique andalouse.

Dérivé de la musique arabe de l’Orient, ce style musical s’est développé dans le territoire andalou en s’enrichissant des apports de différentes cultures des communautés cohabitant dans la péninsule ibérique tels les Berbères, les Arabes, les Africains, les Coptes et les Andalous.

Authentique

Créé en 1946, l’Orchestre arabo-andalou de Fès est l’un des plus anciens et des plus importants de la musique andalouse marocaine. Sa première mission est de restituer la musique dans son cadre traditionnel et sa forme historique authentique.

Pour cela, seuls les instruments à cordes sont utilisés. Grâce à l'enregistrement de quatre noubas pour Erato, l'Orchestre a largement contribué au développement de la musique traditionnelle marocaine.

Virtuosité

Lors de la soirée donnée à l’IF, dans un rythme rapide et enlevé avec un jeu de cordes très varié, Mohamed Briouel et l’ensemble de son groupe ont promené l’assistance à travers les différentes civilisations et cultures du monde arabo-andalou et ont donné toute sa virtuosité et sa hauteur à la musique traditionnelle.

Il est à rappeler que Mohammed Briouel, disciple de Haj Abdelkrim Rais, est né en 1954. Il a étudié la musique arabo-andalouse avec son maître, alors Directeur du Conservatoire de Fès. En 1986, il obtient le Prix du Maroc pour la publication d'un ouvrage, "Musique andalouse marocaine", après avoir pendant plus de 10 ans réalisé la transcription en notation occidentale de onze noubas.

Loubna BERNICHI, Maroc Hebdo, 22 novembre 2003

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