Solistes instrumentaux

Sonia WIEDER-ATHERTON - violoncelle

Nights Dances, A Poetic Pairing

In programs that combine recitations of poetry with live performances of music, the music, no matter how powerful, often winds up seeming like a backdrop to the words. But music and poetry mingle with equal force in “The Night Dances,” an hourlong collaboration between the renowned English actress Charlotte Rampling, who gives transfixing recitations of poems by Sylvia Plath, and the adventurous French-American cellist Sonia Wieder-Atherton, playing selected movements from the Suites No. 2 and 3 for solo cello by Benjamin Britten.

These impressive artists have performed the work internationally to acclaim. The program had its American premiere on Wednesday evening in an ideally intimate space, the beautifully restored wood-paneled Board of Officers Room at the Park Avenue Armory. That this inviting room seats just 108 has a downside: There are very few tickets remaining for the rest of the run.

It was Ms. Wieder-Atherton’s idea to pair Plath and Britten. She had long been gripped by what she calls the “solitary and radical voice” of the Boston-born Plath, whose intense, passionate poetry was an outlet for her tempestuous life. In 1963, just 30, Plath sealed off her children’s bedroom in London with wet towels and turned on the gas stove, killing herself.

Ms. Wieder-Atherton explains that Plath’s extremes, the “crackle of her tongue,” go with Britten. In the cellist’s mind, these suites match Plath’s “obsessive pacing to and fro, her deep song, her infinite colors, and even her flashes of humor and her sense of form.”

“The Night Dances,” directed by Ms. Wieder-Atherton, is played atop a simple elevated platform with lights illuminating the performers. The piece begins with Ms. Rampling, barefoot in a plain, black dress, reciting “Lady Lazarus,” which draws on World War II imagery as a metaphoric expression of more general oppression. It is the lament of a woman longing for death, even attempting to die, and yet continually brought back to life: “Soon, soon the flesh/The grave cave ate will be/At home on me.”

With minimal movements and eerie concentration, Ms. Rampling spoke 11 of Plath’s lengthy, elusive poems, all performed from memory. Sometimes she stood and confronted her listeners. (Or was she confiding in them?) Other times she spoke while reclining on an ottoman, or propping herself up with her arms. In more narrative poems, like “Edge,” her delivery was restrained yet purposeful; in emotional poems, like excerpts from “Three Women,” she was swept up in the moment, as if struggling with how to express herself.

Ms. Wieder-Atherton matched these qualities in her commanding performances of eight movements from Britten’s cello suites, written for the composer’s friend, Mstislav Rostropovich. The music shifts from impulsive bursts to enigmatic passages. Some movements hew loosely to traditional forms like the fugue and the scherzo. The Third Suite incorporates dark Russian folk melodies and dances. Ms. Wieder-Atherton’s full-bodied cello sound filled the space excitingly.

During some stretches of “The Night Dances,” music and poetry overlapped. For me, the greatness of Britten’s music came through with special force when Ms. Wieder-Atherton played alone and Ms. Rampling just listened, with an acuity as gripping as her recitations.

Anthony Thommasini - The New York Times - 24 avril 2015

***

 

 

Little Girl Blue, from Nina Simone
A cellist’s tribute to the music of a great jazz singer–songwriter 

 

Sonia Wieder-Atherton continues her impressively varied output on the Naïve label with a new project to follow recordings of music as diverse as Jewish songs and Monteverdi, alongside 20th-century composer Giacinto Scelsi. Here she has created a tribute to Nina Simone that is more than the sum of its parts and a world away from a straightforward set of cover songs.

‘Little Girl Blue’ features bold re-imaginings of Simone’s own radical, sometimes fierce music. The title track is remarkable in its interpretation of Simone’s own haunting cover of Richard Rodgers’s Little Girl Blue: a stormy central section gives way to a chorale-like finale. The stabbing piano chords and sober blues of Hey, Buddy Bolden become, in Wieder- Atherton’s arrangement, a cello and percussion duet, with pulsing drums and skittering cello lines receding to quiet calm.

Wieder-Atherton’s cello, supported mainly by Bruno Fontaine’s light-touch piano accompaniment, takes the role of Simone’s voice and her playing has the variety of character to mirror but not ape Simone’s delivery. Her bow rarely digs into the string, and the close, dry recording heightens the intimacy of the music. On the solo piece Images her tone, high on the A string, is gloriously sweet. Arrangements later in the album are bare in texture, lending an austere atmosphere. But Wieder-Atherton captures the spirit of her subject: the wild mood swings in Simone’s music and her ability to fuse diverse styles. 

Tim Woodall - The Strad - 11 mars 2015

 ***

Little Girl Blue, from Nina Simone

Sonia Wieder-Atherton prête la voix de son violoncelle au répertoire "diabolique" de Nina Simone. 

Comme l'avaient confirmé, entre autres beaux albums, ses bouleversants Chants d'Est et Chants Juifs, Sonia Wieder-Atherton a le tempérament lyrique et voyageur. Celle qui poursuit depuis toujours sa "quête du chant de l'instrument" a cette fois choisi de substituer la voix de son violoncelle  au timbre de Nina Simone, qui avait tous les dons mais pas la "bonne" couleur de peau pour devenir une brillante concertiste classique. Elle se tourna donc vers ce que sa mère appelait "la musique du diable". Accompagnée par le piano coloriste de Bruno Fontaine et les percussions bigarrées de Laurent Kraif, Sonia Wieder-Atherton reviste treize chansons, qui sont, pour elle, autant d'univer à explorer. Et parce que Nina Simone, comme Sonia, ignore les frontières entre les genres musicaux, le trio tisse des liens entre Images et un choral de Bach transcrit par Brahms, et , plus tard, entre Stars et Rachmaninov. "I wish you could know what it means to be me" chantait Nina Simone. Ce voeu de Géméllité spitituelle est ici accompli jusqu'au vertige. 

Sophie Bourdais - Télérama - 22 novembre 2014

***

 

Little Girl Blue, from Nina Simone - Quand Sonia rencontre Nina

Avec "Little Girl Blue from Nina Simone", la violoncelliste Sonia Wieder- Atherton fait entrer la chanteuse de R'n'B au panhéon de la musique classique.
S'inscrire dans la musique d'un autre est un pari risqué. Fin septembre, aux Bouffes du Nord, àParis, la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton s'est emparée de l'oeuvre de Nina Simone, et elle l'a transcendée. Salle comble et ovations. L'univers de la grande Nina, était là, différent certes, moins jazzy, plus intériorisé, sublime. "Nina était une femme empêchée qui a su transcender sa souffrance dans sa musique, explique Sonia Wieder- Atherthon. C'est ce qui me touche tant chez elle."

De cette rencontre est né un disque ? Une oeuvre très personnelle qui s'inspire plus qu'elle n'interprète de grands standards de la star américaine, dont "Black Swan", "Brown Baby" et "Fodder on My Wings", qu'elle entrelace de morceaux de Brahms, Bach et Rachmaninov. Sonia et Nina ? La rencontre de deux combattantes, la chanteuse frustrée qui, faute d'avoir fait une grande carrière de pianiste classique, faisait du blues avec du Couperin, et la violoncelliste hors norme, la "sauvage magicienne", comme l'appelle Jacques Higelin qui en fait sa complice pour "Château de sable".

Militante

Pourquoi cette sérieuse interprète d'Henri Dutilleux et de Pascal Dusapin, des compositeurs très "contemporains", se risque-t-elle à des variations sur les airs d'une chanteuse populaire ? "Nina Simone était une immense musicienne. Où était-elle quand elle plaçait un choral de Bach au creux de ses chansons ?"

Mais Nina était aussi une militante des droits civiques, une femme engagée qui osa rappeler en chanson le sort terrible fait aux Noirs dans le Sud du Ku Klux Klan et a revendiqué avec fierté sa couleur de peau. Cette force-là est aussi ce qui attire Wieder-Atherton. "Sonia est plus qu'une interprète, assure son amie la pianiste britannique Imogen Cooper. Elle recherche l'essentiel, l'humain. Et par sa manière de jouer, son engagement, c'est là elle vous mène."

Le son russe

Sa musique s'en ressent : ni superficialité ni joliesse. Épurée. Austère même. Soit, pour cette aficionada du scooter qu'elle pratique violoncelle sur le dos, un chemin bien à elle. Tombée amoureuse à 9 ans du son du violoncelle, elle entre au conservatoire, où elle fait des étincelles. Mais très vite, elle se sent en porte à faux : la technique qu'on lui enseigne ne permet pas de "sonner" comme Rostropovitch, alors le maître absolu de cet

instrument. "J'ai regardé des photos, des films : les artistes soviétiques n'avaient pas la même position de la main."
Sa rencontre à Paris avec Natalia Shakovskaya, professeur d'exception, change sa vie. "En trois semaines de stage, elle m'a appris à poser mon pouce." Elle file ensuite à Moscou se former auprès de ses idoles. "Il fallait se laver avec son peignoir pour qu'on ne vous le pique pas, se lever à cinq heures pour trouver un studio de répétition libre et trouver le temps de faire la queue pour acheter de quoi se nourrir !"

La fille d'intellos qui fréquente Delphine Seyrig se forge le caractère. La bosseuse se contente de chocolat jusqu'à tomber d'inanition. Natalia l'accueille alors dans son appartement communautaire. Austérité spartiate et amitié vive. Sonia découvre le secret du son russe : "En France, le talent est censé être inné. Là-bas, il donne juste le droit d'entrer dans l'atelier : l'interprétation, cela se travaille. On peut recommencer dix fois, vingt fois un contraste."

Risques

En 1986, elle remporte le concours Rostropovitch, ce qui lui permet d'affirmer plus aisément sa singularité. "Elle a immédiatement été respectée, alors qu'elle a toujours refusé les circuits fléchés, assure son ami le compositeur Franck Krawczyk. Dans un milieu aussi fermé que la musique classique, elle a pris des risques." Notamment celui de mélanger les genres, le classique à la musique populaire, qu'elle soit juive, slave ou méditerranéenne comme dans Chants juifs, Chants d'Est et Odyssée, son spectacle le plus radical.

Ce nouvel opus consacré à Nina Simone est l'aboutissement logique d'un parcours où la musique se veut d'abord récit. "C'est ce que j'ai appris en Russie, raconter une histoire", explique encore Sonia. Sur la scène des Bouffes du Nord, le violoncelle exprimait presque charnellement le destin dramatique et solaire de Nina Simone, de son vrai nom Eunice Kathleen Waymon. Autour de Sonia, le cercle de plus en plus ouvert de ses admirateurs. Souvent depuis longtemps ceux de Nina.

Sonia Wieder-Atherton, Little Girl Blue from Nina Simone, avec Bruno Fontaine (piano) et Laurent Kraif (percussions), Naïve. 

Catherine Golliau - Le Point - 4 octobre 2014

***

Little Girl Blue, from Nina Simone
From Sonia to Nina, hurlement de la beauté aux Bouffes du Nord 

Sonia Wieder-Atherton hurle la beauté du monde, la force de la joie et la puissance de la vie sur son violoncelle épris de Nina Simone. Laure Kraif aux percussions multiples et Bruno Fontaine au piano démultiplié forment un trio avec Sonia Wieder-Artherton et bouleversent les spectateurs des Bouffes du Nord.

La mousson matinale a cessé, l’air est frais, les parisiens se croisent, les mines sont un peu tristes peut-être. Les Bouffes du Nord ouvrent leurs portes magiques, le festival d’île de France y accueille la dernière création de Sonia Wieder-Atherton from Nina Simone avec Bruno Fontaine et Laurent Kraif dont nous vous parlions ici.

L’espace superbe des Bouffes du Nord, rouge, vide, trois chaises, un pupitre, des objets, des sièges gorgés de spectateurs et même des coussins en sus. Sonia Wieder-Atherton et son violoncelle s’installent au centre, Bruno Fontaine à cour et Laurent Kraif à jardin au milieu d’une installation d’objets. Les sons arrivent, affleurent, comme tirés du sol, une montée en puissance invisible mais sensible dès le premier morceau.

Sonia Wieder-Atherton égrène l’humanité de ses notes, la mélodie naît, se fond dans le piano, rythme les percussions d’un coup d’archet, elle suspend le monde et emporte les spectateurs dans l’univers de Nina Simone et de la musique entière.

Nina Simone est là dans chaque chanson, comme si son âme, son esprit flottaient dans les Bouffes du Nord, tapis dans un des murs, au creux des ombres des lumières magnifiques de Franck Thevenon, au bout d’un son, dans la poussière de colophane...

Chaque morceau se colore différemment, la voix du violoncelle et l’énergie surhumaine de Sonia Wieder-Atherton se métamorphosent au contact du piano, les percussions modifient la matière, le souffle circule. Les mélodies de Nina Simone nous reviennent, elles apparaissent autrement, comme un souvenir lointain, une ritournelle enfantine.

Nina Simone croise Brahms, Bach, Rachmaninoff, l’histoire du concert s’écrit avec une immédiateté et un don de soi indescriptible. Sonia Wieder- Atherton semble jouer sa vie, elle offre son corps à la musique, au moment,

elle apparaît parfois dédoublée, multiple, la rapidité d’exécution semble impossible.

L’archet, le corps, la main, le bras, le violoncelle, les percussions, le piano, la mélodie, la brisure, la beauté, qui est qui, les spectateurs ne distinguent plus le réel ils sont emportés dans la musique, les applaudissements et bravos réguliers en témoignent.

Difficile de mettre des mots sur une telle prouesse, lister les chansons n’aurait pas de sens, il faut les vivre. Les yeux, les oreilles, le fond du corps et du cœur furent soulevés l’espace d’un espoir surhumain en la vie, un hurlement de beauté, une extase musicale et sensuelle.

Si Sonia Wieder-Atherton croise votre route n’hésitez pas, courez l’entendre ! 

Bérénice Clerc - Tout la Culture - 30 septembre 2014

***

 

Little Girl Blue, from Nina Simone Wieder-Atherton chez Nina Simon 

Sonia Wieder-Atherton fait partie de ces quelques instrumentistes français demeurés inclassables. Lauréate du concours de référence pour son instrument (le coucours Rostropovitch). 

Disciple de Maurice Gendron et Jean Hubeau. Dédicataire d'oeuvres composées pour elle par des monstres sacrés de la carrure d'un Henri Dutilleux ou d'un Georges Asperghis. Mais aussi compositrice de musique de films, conceptrice de spectacles mélant folklore et musique savante. Le 4 octobre prochain, elle animera la Nuit Blanche à la mairie du IVe arrondissement, en répétant jusqu'aux petites heures du matin l'un de ses spectacles phares, Odyssée. D'ici là, et dans la foulée de l'étonnant disque Little Girl Blue en registré avec Bruno Fontaine et Laurent Kraif (juste paru chez Naive), Sonia Wieder-Atherton prète son violoncelle à une autre diva tout aussi inclassable : la militante et grande prêtresse de la soul Nina Simone. 

T.H. - Figaro Scope - 24 septembre 2014

***

 

Chants Juifs 

Il existe peu de cultures dont les traditions soient aussi anciennes et aussi fidèlement transmises que la culture juive. Très peu de cultures ont su se préserver à travers tant d’adversité et de drames. Grâce à cela, la musique juive déborde de mélodies populaires et d’obsédants chants liturgiques. Nombreuses de ces chansons sont des œuvres poignantes, exprimant la douleur de l’existence humaine. À l’inverse, il existe une accumulation de chansons à travers les siècles, exprimant la beauté de l’existence. Elles poussent littéralement les auditeurs à bondir de leurs sièges et à se mettre à danser. Cette compilation d’œuvres par Sonia Wieder-Atherton et Daria Hovora tente d’exploiter ce riche héritage musical et de nous transmettre ces morceaux extraordinaires.

Ce CD rassemble en réalité deux groupes d’enregistrements différents. Les premiers enregistrements, réalisés en 1989, présentent avant tout des œuvres traditionnelles, augmentées de trois pièces originales, écrites par Jean- François Zygel dans le style traditionnel. À la fin du CD se trouve un choix d’œuvres d’Ernest Bloch, enregistrées environ 7 ans plus tard, par les mêmes interprètes. Ces morceaux, écrits entre 1923 et 1924, sont également inspirés de musiques hébraïques anciennes. Elles se fondent naturellement dans cette collection. Ce que l’on peut dire cependant, c’est que ces compositions de Bloch sont plus complexes du point de vue théorique et d’une texture plus riche. Il faut peut-être attribuer cela au désir des arrangeurs de faire ressortir la beauté simple des mélodies anciennes. C’est peut-être une simple question d’esthétique, de différence de goût entre les compositeurs. Quoi qu’il en soit, ces œuvres se combinent au mieux et ces derniers morceaux figurent certainement parmi les meilleurs de l’album.

La majorité des morceaux est interprétée par le violoncelle, avec un accompagnement au piano. Il apparaît cependant des occasions pour des solo de violoncelle, dont certains s’étendent sur toute la composition. L’interprétation de Wieder-Atherton est chargée d’émotion d’un bout à l’autre, et elle est accompagnée avec compétence par Daria Hovora, spécialiste de musique de chambre, dotée d’une longue expérience. Dans les morceaux les plus lents, ce duo est capable d’une beauté émotionnelle véritablement inspiratrice. Sur les morceaux les plus rapides, Wieder- Atherton montre sa maîtrise technique. D’ailleurs, « Danse », un morceau traditionnel, est l’un des points forts de l’album, à la fois parce que le reste du disque est tellement plus sérieux et parce qu’elle fait preuve de tant de grâce dans son habileté.

Puisqu’il s’agissait de transcrire ces chansons en confiant la partie voix à un instrument, le violoncelle, avec toute l’émotion dont il est capable, était certainement un bon choix.

S’il fallait formuler une critique à l’encontre de cet album, ce serait sa tendance vers les mélodies les plus sérieuses et les plus sombres. L’accent est mis un peu trop sur les compositeurs « chargés ». S’il y avait juste en plus un ou deux moments légers, voire exubérants, l’auditeur serait moins épuisé à la fin de l’expérience.

Ceci dit, il s’agit d’un très bon album de musique avec laquelle la plupart des auditeurs ne seront pas familiers. C’est une friandise rare, une friandise que tous ceux qui apprécient le son des petits ensembles de chambre, aimeront certainement. 

Patick Gary - The Daily Telegraph - novembre 2014

 

***

Voyage en Mitteleuropa avec Fanny Ardant et Sonia Wieder-Atherton

Il suffit de sortir à la porte de Champerret, à Paris, de prendre la rue Stéphane-Mallarmé - déjà la poésie, malgré ce quartier qui semble s'évader vers d'improbables no man's land. Arrivé au carrefour avec la rue de Courcelles, une guirlande d'ampoules colorées, puis des lueurs de feu de bois ravivent l'âme voyageuse. Bienvenue au chapiteau du Cirque tzigane Romanès, où la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton a eu la bonne idée de produire Chants d'Est, un spectacle sur des textes et musiques de la Mitteleuropa et de laRussie, dans le prolongement du beau disque portant le même titre paru en février chez Naïve.

Il fait chaud dans le ventre du Cirque Romanès - un vrai chapiteau avec toiles, cordages, patchworks colorés et tapis nomades. La soufflerie du chauffage et les bruits de la rue toute proche ont des effets de vent dans les steppes. La violoncelliste Sonia Wieder-Atherton (née en 1961), ex-enfant prodige grandie entre San Francisco et Paris, exilée à Moscou pour étudier avec la violoncelliste Natalia Chakhosvkaïa (avant deremporter à Paris, en 1986, le Concours Rostropovitch), a toujours suivi une voie singulière, traquant les images et les mots pour mieux convoquer la musique.

Hier, avec les Chants juifs qu'elle transcrit pour la bande-son du film de Chantal Akerman, Histoire d'Amérique, montant ensuite une "lecture musicale" de L'Ecclésiaste avec Sami Frey. Convoquant aujourd'hui Kafka, Rilke et la poétesse Marina Tsvetaeva par la voix de Fanny Ardant, rencontrée au "Marathon des mots" à Toulouse il y a quatre ans, déjà sa complice, cet été, pour une lecture de Médée d'Euripide au Festival de Baalbeck (Liban).

 

Venu du fond des âges

La comédienne est assise parmi les excellents musiciens de l'Ensemble Niguna, groupés autour du violoncelle de Sonia Wieder-Atherton. Un violoncelle venu du fond des âges, puissant et vif à la fois, délicat, dansant et tendre, tellement harassé parfois... Accompagné par le quintette à cordes et la harpe, le lancinant "Nunc dimittis", extrait des Vêpres de Rachmaninov. Fanny Ardant a dit auparavant un extrait de Mon Pouchkine, de la poétesse russe Marina Tsvetaeva (1892-1941), considérée aujourd'hui comme "le poète le plus lu et le plus estimé du XXe siècle en Russie" (Tzvetan Todorov), évoquant dans un tableau peint par Naoumov le duel où Pouchkine trouva la mort.

Au Journal (1915) de Kafka décrivant les paysages et le fleuve répondra la rhapsodique et sensuelle Ruralia Hungarica d'Ernö Dohnanyi, puis un chant traditionnel juif (Chanson dans le souvenir de Schubert), enfin, la sauvage Danse tartare de Tcherepnine. Le tout est orchestré par le compositeur Franck Krawczyk (né en 1969), dont les Sept jeux d'enfants, d'après des poésies moraves de Janacek, contrepointent les extraits du recueil poétique de Marina Tsvetaeva, Le ciel brûle.

Musiques tristes, musiques gaies ou tragiques sur fond de mélodies populaires accompagnent la rencontre amoureuse puis la trahison et la perte de l'être aimé. Une douleur que prolongera le très émouvant Champ des morts tiré de la cantate Alexandre Nievski de Prokofiev, qui relate l'histoire d'une femme à la recherche de son amant.

Courte récréation avec dix duos transcrits pour violoncelle et hautbois extraits des Mikrokosmos pour piano de Bartok. Avant l'envol mystique - la première des "Elégies" de Duino de Rainer Maria Rilke dite par une Fanny Ardant complètement sur le souffle, donnant une portée spirituelle d'une grande intensité à cet adieu au monde que le dernier des Rückert-Lieder de Gustav Mahler "Ich bin der Welt abhanden gekommen" ("Je me suis retiré du monde") parachève dans une indicible émotion.

Marie-Aude Roux - Le Monde - 17 février 2009

***

 

 

 

 

© Xavier Arias

LES CONCERTS PARISIENS | +33(0)1 48 24 16 97 | mentions légales | Réalisation